
Articles de Steve Maniry des 07, 12 et 14 juin 2003
Le
07 juin 2003
Le 12 juin 2003

Festival
Donia 2003 à Nosy Bé
Rideau,
dimanche 8 juin, sur la 10è édition du festival Donia sur l’île de Nosy Be,
où durant 5 jours consécutifs, la célébration de la fête de la vie battait
son plein dans une intense ambiance musicale et une très haute pression,
rythmique et mélodique. L’île aux parfums a retrouvé, sans difficulté
aucune, le goût enivrant de la fête et du défoulement, après avoir subi de
plein fouet, l’année dernière, les lourdes conséquences, sociales et économiques,
de la crise post-électorale. La grande mobilisation de la population nosybéenne
pour le traditionnel carnaval du Donia, qui, cette année, s’est avéré fiévreux
et particulièrement coloré, et le fulgurant succès populaire des 4 concerts
en nocturne au stade d’Ambodivoanio, sont des signaux forts et heureux quant
à la résurrection festive et la reprise progressive des activités socio-économiques
dans ce petit coin de paradis enraciné au plus profond du Canal de Mozambique.
Le 10è anniversaire du Donia s’inscrit, sans
aucun doute, au palmarès des éditions les plus fastes de ce festival qui, en
une décennie, s’est imposé comme la plus grande manifestation culturelle et
musicale de Madagascar et de l’océan Indien. Le président sortant du Comité
d’organisation du festival de Nosy Be (Cofestin), Alain Soumoudronga, et toute
son équipe ont effectivement de quoi être contents et satisfaits. Surtout
lorsqu’on sait qu’ils ont été confrontés, dans la réalisation de ce 10è
anniversaire, à de graves difficultés financières relatives au bouclage du
budget. En dépit de tant d’incertitudes et tant d’inquiétudes, la réussite
artistique et populaire du Donia 2003 consolide à jamais la crédibilité et le
professionnalisme du Cofestin dans la sphère organisationnelle de festivals de
grande envergure. Il n’est point surprenant que le Donia ait été admis,
l’année dernière, dans le cercle privilégié du Womex, le salon
international des festivals, qui lui a délégué le pouvoir de le représenter
dans la région de l’océan Indien. Le Donia a ainsi fait du chemin en dix ans
d’existence pérenne, et quel chemin !
“ Global understanding through music ”
Sur la grande scène du Donia 2003 se sont côtoyés
des courants musicaux aussi divers qu’enchanteurs, et plus de 200 musiciens
issus de différents horizons. Des formations malgaches originaires du Nord, du
Sud, de l’Est, de l’Ouest et des Hautes-Terres, appuyées par deux groupes réunionnais
et un groupe mauricien. Aussi l’édition-anniversaire s’est-elle non
seulement révélée comme un terrain fertile à l’unité nationale, mais
aussi un havre de rapprochement, d’échange, de compréhension et d’amitié
entre les peuples de l’océan Indien. Le Donia est un véritable instigateur
de “ global understanding through music ”. La magie du salegy de Jaojoby, de
Dr JB, de Jaojoby Junior et de Koëzy s’est opérée aux côtés du charme mélodique
de la World music de Tarika, des chansons à textes de Ra-Ckycky, du rap à la
sauce malgache de Shao Boana et de Da-Hopp, du hip-hop réunionnais avec le
groupe New MC Family, du reggae de Sammy Rastafanahy, de la fusion de Silo, de
Spesialista et de Sivy Mahasaky. Sans omettre de mentionner la douce musique
traditionnelle betsimisaraka, distillée par Beneh Marovany, et la mystique
danse traditionnelle antandroy, exécutée par Vilon’androy. Le tout enrobé
d’une chorégraphie très physique et énergique de la Compagnie Vahinala
dirigée par la chorégrahe-danseuse Gaby Saranouffi (la grande nouveauté du
Donia 2003) et de la mélodie enchanteresse du séga mauricien de Cassiya et du
séga love du groupe réunionnais Analyse. La qualité des performances des
formations musicales et chorégraphiques au programme de cette 10è édition est
venue sceller à jamais la grande envergure qu’aura prise le festival Donia.
Une
machine à traquer les fléaux qui minent notre société
Sur l’île de Nosy Be, le Cofestin n’a
eu de cesse de donner une ouverture sans limites à son festival qui, au fil des
éditions, dépasse largement le cadre d’une simple manifestation culturelle
pour évoluer, sans aucun complexe, dans l’arène sociale. C’est ainsi que
le Donia se mue en une machine à traquer les fléaux qui minent notre société,
et livre, aux côtés des partenaires spécialisés tels que l’Unicef, l’Onusida
et le Projet multisectoriel pour la prévention du sida (Pmps), un combat sans
merci pour le respect des droits des enfants, et contre le Vih/sida. Un
important programme de sensibilisation de la population nosybéenne sur la lutte
contre l’exploitation sexuelle des enfants et sur la prévention du Vih/sida,
a été mené dans le cadre de cette édition-anniversaire. Conférences,
distribution de dépliants, concours musical ont été les outils utilisés pour
conscientiser le Tout-Nosy Be sur le danger de ces fléaux. Le festival Donia
qui se présente comme le haut lieu de fête de la vie, est aussi utile à la
sauvegarde de la vie. En somme, un festival de la cause bonne, juste et noble.
14 juin 2003

Dr
jb , le seigneur inégalé et imbattable de Nosy Bé
Le chanteur au béret noir est l’unique star que toute l’Ile aux parfums vénère,
adore, apprécie avec une ferveur salegystique sans égal. Son seul nom à
l’affiche de n’importe quelle manifestation musicale à Nosy Be provoque une
véritable ruée des fans, à l’image de la mer submergeante, au cours de la
marée haute. L’As du salegy reste un phénomène sans précédent dans les
annales du festival Donia qui,à l’heure actuelle, est vieux de 10 ans. Le bal
d’ouverture du festival, devenu une véritable tradition depuis plusieurs années,
que Dr JB et Les Jaguars II animent au gymnase couvert de Hell-ville, sert
toujours de baromètre mesurant a priori la température ambiante qu’aura
prise le Donia durant les 4 soirées-spectacles au stade d’Ambodivoanio. Cette
année, les fans nosybéens de Dr JB se sont bousculés au portillon pour
s’enivrer, sans aucune modération, de son salegy goma, surchauffé et déconcertant,
autant au bal d’ouverture tenu le mercredi 4 juin en nocturne qu’à son
concert, programmé dans la soirée du samedi 7 juin. Ses tubes “ Tsisy crédit
”, "Aza M’dérange ”, etc., etc., produisent toujours le même effet,
celui de générer une transe collective dans laquelle cette compacte foule de
noctambules et spectateurs entre dans un tintamarre de cris de joie, de
battements de mains, d’ondulations de hanches. Sur l’Ile aux parfums, le
salegy devient une véritable religion dont le culte (obligatoire) se célèbre
en présence massive des adeptes - le Tout-Nosy Be – à chaque prestation
publique du Seigneur JB. Personne ne peut résister, à Nosy Be, à la puissance
magique du salegy de Dr JB. Vraiment personne.

Festival donia 2003 à Nosy Bé
La 10è édition du festival Donia, réalisée à tour de bras par le Comité
d’organisation du festival de Nosy Be (Cofestin), s’est employée encore une
fois à offrir, sur une gigantesque scène, sonorisée et éclairée par Kiki,
des tendances musicales si variées que la population nosybéenne se trouve
progressivement habituée à d’autres genres que le salegy qui, il faut noter,
reste le rythme le plus enraciné, le plus apprécié, le plus naturel dans ce
magnifique coin de paradis. La danse contemporaine était même au programme, et
est parvenue à conquérir les innombrables spectateurs pour lesquels, de
tradition, la danse est celle du ventre (le fameux kaoïtry), et sert à
accompagner et donner une touche particulièrement sensuelle, voire sexuelle, au
rythme endiablé et sulfureux du salegy.

Le Donia a ainsi le mérite non seulement de faire découvrir de “ nouveaux ” courants musicaux aux habitants de l’Ile aux parfums, mais surtout d’enrichir leurs connaissances musicales et leur panoplie de rythmes et de mélodies. C’est dans cette perspective que le festival de Nosy Be est la vitrine de la musique malgache, où l’on peut voir, écouter et danser, avec le même degré de délices, autant le salegy du Nord, que le basesa de l’Est, le malesa de l’Ouest, le tsapiky du Sud, ou encore le vakosôva des Hautes-Terres. Cette ouverture, dans laquelle le Donia s’exerce et se consolide au fil des éditions, ne se cantonne pas dans l’ensemble du territoire national. Elle survole nos collines et dépasse nos frontières naturelles pour atteindre les îles riveraines plongées, comme la Grande Ile, dans l’océan Indien. Aussi le Donia s’impose-t-il comme le plus grand carrefour culturel de l’océan Indien.
Rah-Ckycky
Rah-Ckycky a été la révélation
de la 10è édition du festival Donia. Très attendue par les spectateurs nosybéens,
la performance scénique de ce chanteur à texte, projeté sous les feux des
projecteurs du showbiz, il y a deux ans, n’a pas manqué de mettre le
Tout-Ambodivoanio dans tous ses états. Ses tubes, qui traitent les thèmes de
l’amour, de la mort ou encore de la drogue, ont été sur toutes les lèvres.
En symbiose avec Rah-Ckycky, le public s’est levé, briquets allumés à la
main, et n’a pas hésité à reprendre en chœur bon nombre de chansons
faisant partie de son répertoire. Le courant était passé, sans court-circuit,
entre la scène et l’assistance. :
Cassiya au Donia 2003
Le groupe-phare du séga
mauricien, Cassiya, à l'affiche du 10è anniversaire du festival Donia. Voilà
un évènement dans l'évènement. Les Nosybéens avaient a priori cru à une
belle farce, avant de constater de visu que c'était bel et bien Cassiya qui évoluait
dans la soirée du samedi 7 juin sur la scène du stade d'Ambodivoanio. Ce même
Cassiya dont ils se sont délectés d'excellents morceaux sur les ondes
radiophoniques et dans les boîtes de nuit branchées de la région
septentrionale. Mais cette fois, ils ont eu droit à un spectacle live, où le
contact mélodique, visuel et physique était direct. Sans aucun élément
intermédiaire. D'autant plus que la prestation scénique, ponctuée de grand
professionnalisme, du groupe mauricien, a forcé l'admiration. Du très bon séga
ambiance mauricien que l'on apprécie à sa juste valeur.